Guide pas à pas

L'essuyage des chaussettes (mash 'ala l-khuffayn)

Plutôt que de laver les pieds à chaque woudou, la Sunna permet de passer les mains mouillées sur des chaussants enfilés en état de pureté. Une facilité rapportée par des dizaines de compagnons — à condition d'en respecter les règles.

Le fondement

Al-Moughîra ibn Chou'ba voulut retirer les khuffs (bottines de cuir) du Prophète ﷺ pour lui laver les pieds ; il s'entendit répondre : « Laisse-les : je les ai enfilés alors que mes pieds étaient purs. » Puis il essuya dessus (Boukhari, Muslim). Le hadith est rapporté par tant de voies que les savants classent l'essuyage parmi les pratiques transmises massivement — le nier a même servi, historiquement, de marqueur d'écart avec la Sunna. D'autres textes figurent sur la page versets et hadiths.

Les conditions de validité

  • Les avoir enfilées en état de pureté complète : un woudou entier, pieds lavés, avant de les mettre. C'est la condition posée par le hadith lui-même.
  • Qu'elles couvrent la zone obligatoire : tout le pied jusqu'aux chevilles incluses.
  • Que la durée légale ne soit pas écoulée (voir ci-dessous).
  • Être en pureté mineure seulement : l'essuyage remplace le lavage des pieds du woudou, jamais le ghusl. Le hadith de Safwân ibn 'Assâl (Tirmidhi, Nasâ'i) le dit expressément : les compagnons en voyage n'ôtaient pas leurs khuffs trois jours et trois nuits, « sauf en cas de janâba ».

Cuir ou tissu ? La question des chaussettes ordinaires

Le hadith porte sur le khuff de cuir. Un autre, rapporté par Al-Moughîra également (Abou Dawoud, Tirmidhi), décrit le Prophète ﷺ essuyant sur des jawrabayn — des chaussettes — mais sa chaîne est discutée. D'où la divergence : les quatre écoles admettent classiquement la chaussette épaisse, qui tient seule sur la jambe et permet de marcher ; les chaussettes fines ordinaires sont refusées par la position classique des quatre écoles, mais admises par d'autres savants, anciens et contemporains, qui relèvent que nombre de compagnons essuyaient sur leurs chaussettes sans poser ces conditions. Le point mérite d'être demandé à la personne de science que vous suivez ; le comparatif des écoles explique comment naissent de telles divergences.

Les durées

D'après 'Ali ibn Abî Tâlib : « Le Prophète ﷺ a fixé trois jours et trois nuits pour le voyageur, un jour et une nuit pour le résident » (Muslim). Soit 24 heures chez soi, 72 heures en voyage. Le décompte part, selon la majorité des écoles, du premier essuyage effectué après avoir rompu le woudou — non du moment où l'on enfile les chaussettes. Les malikites, eux, ne fixent classiquement pas de durée mais recommandent de renouveler chaque semaine ; là encore, divergence documentée.

La manière

  1. Enfiler en état de pureté

    Faites un woudou complet, pieds lavés, puis mettez vos chaussettes. Tant que ce woudou n'est pas rompu, rien à faire de plus.

  2. Au woudou suivant, arrivé aux pieds

    Accomplissez toutes les étapes normalement ; au moment de laver les pieds, ne retirez pas les chaussettes.

  3. Mouiller les mains

    De l'eau sur les doigts ; inutile de tremper la chaussette.

  4. Essuyer le dessus, une fois

    Doigts écartés, des orteils vers le tibia : main droite sur le pied droit, main gauche sur le pied gauche. Le dessous n'est pas prescrit — 'Ali remarquait que « si la religion relevait de l'opinion, le dessous du khuff mériterait plus l'essuyage que le dessus » (Abou Dawoud) : preuve que le geste s'apprend du texte, pas du raisonnement.

Ce qui met fin à l'essuyage

  • L'expiration de la durée : le woudou en cours reste valable selon plusieurs écoles, mais au prochain woudou il faudra laver les pieds — donc retirer les chaussettes et, par précaution, refaire des ablutions complètes avant de les renfiler ;
  • Le retrait d'une chaussette, même partiel jusqu'à découvrir le talon ;
  • La janâba, qui impose le ghusl, pieds compris.

Un simple annulatif ordinaire — besoin naturel, sommeil — ne met pas fin à l'essuyage : il rompt le woudou, et l'on essuie de nouveau au suivant, tant que la durée court.

En cas de doute

Vous ne savez plus quand le décompte a commencé, ou si vos chaussettes remplissent les conditions ? La prudence est de laver les pieds cette fois-ci, puis d'interroger un savant sur votre pratique habituelle plutôt que de rester dans l'incertitude à chaque prière.